lundi 20 janvier 2020

72 aM - journal / notes / citations / photos







Lundi 20 janvier 2020
Aujourd'hui fut un jour tu sais bien. Ce matin, voilà que je me suis occupé à (et non occupé de (nuance d'importance puisque s'occuper à évoque l'idée de s'adonner, s'appliquer à quelque chose quand s'occuper de pointe plutôt l'action de consacrer son temps, ses soins, à faire quelque chose (autrement dit, me semble-t-il, la manière et le style en tant que saveur de l'expérience sont pris en compte quand on s'occupe à (si l'on s'occupe de, en revanche, on se situe dans la seule dimension opérationnelle de la tâche à accomplir (c'est pourquoi, soucieux de faire valoir un certain recul, disons, esthétique, mais aussi vital somme toute, dans la narration de ma démarche, j'ai choisi de m'occuper à))))) écrire un courriel à l'agence immobilière qui gère l'appartement que nous louons. De sinistres problèmes de serrure de la porte des water closet. 

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Je me demande s'il convient que je n'écrive que les choses telles qu'elles me viennent au moment où je me rends disponible à ce petit travail d'écriture. Je me demande s'il convient que j'écrive à partir de notes préalables. Voici des questions capitales. Est-ce que je cherche à découvrir ce qui vient au moment de l'écriture, ce que j'ai vécu étant dès lors secondaire, prétexte à? Est-ce que je cherche à faire valoir une expérience de vie? Est-ce que je situe ma démarche dans une hésitation entre ces deux propositions? 

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Très vite elle s'était dit: bon maintenant écoute-moi, je suis ici et je le sais, si je m'en vais ça n'ira plus j'ai tellement l'habitude d'être ici. Je ne saurais plus ce qui m'arrive, alors écoute-moi bien, se disait-elle, écoute-moi bien, je vais m'arrêter de parler et je ne parlerai plus. 
Gertrude Stein, Ida, Points

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samedi 18 janvier 2020

71 aM - journal / notes / citations / photos







samedi 18 janvier 2020
Ce jour fut aujourd'hui me dit-on. J'en doute cependant. Ce matin, de bonne heure, promenade du chien. Ne sachant trop qu'écouter (au casque branché sur le smartphone), je choisis de lancer en mode aléatoire cette très longue playlist que je fabrique depuis des mois. Et voilà que le sort me présente Yesterday, dans sa version originale. D'abord mon ventre se retourne puis de grosses gouttes de larmes enfantines ne tardent pas à dégringoler sur mes joues (c'est une surprise totale). Cette nostalgie que chante Paul Mc Cartney est celle de millions et la mienne aussi. Je me glisse à mon tour dans l'espace vacant de cette chanson qui nous arrive aujourd'hui avec ce qui ressemble à la puissance de la tradition. Car la tradition, c'est bien cela, un contenu qui passe de génération en génération et que chacun peut saisir singulièrement. Yesterday, c'est quoi pour moi? Sans doute cette inconsolable invention à laquelle la condition de spectre nous voue.  

mercredi 15 janvier 2020
Ce jour fut un jour sans, ou avec c'est selon. Autocollant collé sur une clio campus blanche devant dans les embouteillages, une formule relativement abstruse : "Pas besoin d'ailes quand on a des couilles." Après quelques recherches, je comprends qu'il s'agit du slogan d'une marque française de boisson énergisante, qui entend par là parodier et dépasser la marque hégémonique australienne Red Bull dont la promesse publicitaire serait de donner des ailes. Pendant que L participe à son activité cirque - au pub, coca tranche, j'essaie de travailler, en vain, le volume de la musique est trop fort, une affreuse reprise reggae du non moins affreux mais plus vivifiant The Final Countdown

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Au moment où je laisse (publier) "mon" livre (personne ne m'y oblige), je deviens, apparaissant-disparaissant, comme ce spectre inéducable qui n'aura jamais appris à vivre. 
Jacques Derrida, Apprendre à vivre enfin Entretien avec Jean Birnbaum, Galilée/Le Monde

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Quel est donc ce spectre de livre?
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mardi 14 janvier 2020

68 aM - journal / notes / citations / photos







mardi 14 janvier 2020
Aujourd'hui fut un jour quel navet. Dans la cité appaméenne ce matin. Ecouter dans la voiture la leçon inaugurale de Philippe Descola, professeur au Collège de France dans la chaire Anthropologie de la nature de 2000 à 2019. Cette érudition coulée dans une grande syntaxe me fait l'effet d'un rêve qui passe. Cette voix qui déblatère de l'intelligence au kilomètre a tout d'un vaste chantier onirique. J'aimerais d'ailleurs que mon livre ostéonirismologique en soit à la fois un pastiche, un hommage et un embrayeur de rêve au même titre - je conçois combien cette phrase ne trouve pas le référent auquel elle est censée se rapporter - peu importerait peut-être - ? Sur l'autoroute, régulateur automatique - je tiens le volant sans plus toucher les pédales, comme quand enfant je jouais à conduire les rares fois où j'avais accès au fauteuil du conducteur à la faveur d'une inadvertance plus ou moins complice d'un adulte. Cet après-midi, tentative de m'acheter un pantalon. Échec retentissant. Je me décompose devant les cintres, ne me souviens plus de ma taille ni de mes préférences. 

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Le Grand hasard légendaire pourrait être un recueil de proses minuscules comme autant de pièges délicats à la surface desquels reflète un semblant de sens qui, après examen, n'est au fond, plus ou moins, qu'une syntaxe vide et, peut-être, forte de cela.

Un exemple:
Il arrive parfois que je m’autorise à penser qu’un linge prend les couleurs d’une voix. Et ce pull bleu serait de la même étoffe que le ton badin de Ghislaine. Comme un télégraphe des effleurés, la trame textile porterait les paroles à même la peau vêtue. Mais des cuisses nues, elles, parleront toujours d’un lac il y a longtemps. 

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De la main du grand Hazard.

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lundi 13 janvier 2020

67 aM - journal / notes / citations / photos







lundi 13 janvier 2020
Aujourd'hui fut un jour de visage en visage. Bien des fois j'ai pensé à ce que j'allais écrire dans ce journal. Maintenant que me voici avec les mains dans l'écriture je ne me souviens de rien. Seulement du passage de mes pensées, ou plutôt de mon désir de les noter. Pourtant, combien me paraissaient-elles importantes quand elles se sont présentées à mon esprit! Je vis à présent parmi les ombres de ces intentions fugaces que je n'ai pas su fixées d'une note rapide sur un bout de papier ou le bloc-notes de mon smartphone. Mais, à bien y réfléchir, n'est-ce pas aussi précieux d'être en présence de ces ombres  portées des objets de pensée perdus que de profiter pleinement des objets eux-mêmes? Qu'est-ce que je palpe là? Des sentiers foulés jadis par de jeunes jambes alertes? Les contours d'une silhouette sur un mur? Ne serait-ce pas d'un négatif dont je dispose à cet instant? Dès lors se pose la question: quel usage d'un négatif tel? Si je considère la texture de ces motifs indiscernables, je constate qu'ils porte la tessiture de l'oubli mais aussi la trame de l'angoisse que cet oubli induit. Alors, à quoi puis-je prétendre sinon chérir ces textiles de l'oubli et de sa fille d'angoisse? M'en vêtir? Trouver et choisir là ma seconde peau, la plus authentique, la plus originellement éloignée de ma personne?

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Le russe contemporain distingue le corps inerte dont on fait l'autopsie (trup), du corps démembré (tulovisce), du corps qui peut abriter une âme (telo) ou de celui qu'on façonne pour autrui (figura). 
Tour du monde des concepts, Sous la direction de Pierre Legendre, Fayard

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dimanche 12 janvier 2020

66 aM - journal / notes / citations / photos






dimanche 12 janvier 2020
Ce jour fut comme on dit. Hier, les vieux copains pas vus depuis longtemps, au soir, avec des verres nombreux entre nous. Et la nuit se révéla fort glaciale quand il fallut s'en retourner au domicile (en écoutant Talk talk). De beaux moments calmes aujourd'hui. Les arbres nus, on dirait qu'ils pensent des formules - la grammaire des branches peut-être, ou bien quelque insondable syntaxe. Nudité et impuissance, dit le Docteur Puyuelo. Je suis d'accord. Nudité et impuissance, qu'on pourrait traduire par drapé et sentiment d'affiliation au monde. 

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Il me semble que la suspension provisoire du jugement propre à l'élaboration d'un jugement fondé provisoirement n'est pas assez promu comme nécessité première en démocratie. 

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Logique du pire, Clément Rosset. J'ai continué la lecture du grand chapitre TRAGIQUE et HASARD.
Quelques notes:
Ce qui existe est exclusivement constitué de circonstances. Notion d'occasion: les voies hasardeuses, les infinies possibilités combinatoires, par lesquelles se trame ce qui existe. Ce qui existe est provisoire. En l'homme, dans l'ordre des sensations et des idées, a lieu le même jeu des occasions qui a produit l'homme. Au lieu de nature, le philosophe tragique parle de convention. Ce qui existe est d'ordre conventionnel, non naturel. Ce qui existe est indéfinissable, ne pouvant être saisi conceptuellement. Donc tout ce qui est saisissable conceptuellement n'existe pas. Seul existe ce que je ne peux pas saisir, parce que nommer c'est définir, définir, c'est donner une nature, or ce qui existe n'a pas de nature. Donc ce qui existe est rien. 

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On devra donc refuser l'existence à tout ce qui se laisse maîtriser conceptuellement, à tout ce qui peut être défini. Ainsi le dit bien Platon dans le passage du Théétète cité plus haut: si l'on est un adepte de la thèse des "parfaits initiés" - si l'on est sophiste - il faudra refuser l'être à "tout ce qui a nom" en ce monde. Nommer, c'est définir; définir, c'est assigner une nature; or, aucune nature n'est. Ni l'homme, ni la plante, ni la pierre, ni le blanc, ni l'odeur, ne sont. Mais que reste-t-il d'autre pour meubler l'être, une fois exclus de l'existence tous les êtres désignés par des mots? Il existe bien "quelque chose", mais ce quelque chose n'est rien, sans aucune exception, de ce qui figure dans tous les dictionnaires présents, passés et à venir. "Ce qui existe" est donc, très précisément, rien
Clément Rosset, Logique du pire, PUF, p90

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vendredi 10 janvier 2020

64 aM - journal / notes / citations / photos






vendredi 10 janvier 2020
Aujourd'hui fut un bref vol de mésange. Par la fenêtre de la salle éducative, un bref moment, à la faveur d'une éclaircie, la lumière inonde l'espace du parking en face, de l'espace terreux au premier plan, et c'est vraiment extraordinaire comme en une seconde la journée semble sauvée. Parce que quelque chose de l'ordre d'une vision aurait eu lieu. Parce qu'une jubilation à participer de cette vision aurait été vécue. Quant à savoir ce que pourrait vouloir dire une journée sauve, je ne saurais avancer de réponse. Peut-être en va-t-il d'un regard éperdument jeté ?

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(Tai-chi master est un film de kung fu parfaitement débile, philosophique et enthousiasmant.)

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poème alors
cette plaie d'herbe noire
où l'insecte
crève entre les lignes
et ne laisse
personne
épeler
les cendres de son nom 
Marc Dugardin, Fragments du jour, Rougerie

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Ligne d'écriture avec fantôme de ponctuation là-bas.
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jeudi 9 janvier 2020

63 aM - journal / notes / citations / photos






jeudi 9 janvier 2020
Aujourd'hui fut un jour oh la la. Roulé sur le ruban gris cousu au milieu, dans les vallons rêveurs en Gers. Beau ciel bleu là-bas partout, jusqu'entre chaque branche au plus près. Et de lentes coulées de verts jeunes. Absence de biches néanmoins. Me suis rasé après deux semaines de laisser-aller, pour faire la bise aux dames du Comité de rédaction. Mais comme j'ai pris le temps de me raser, je suis arrivé en retard. La réunion avait commencé. Je n'ai fait la bise à personne. Sinon, à midi, commandé un panini lard, reblochon, pommes de terre, truc atroce en soi, mais pour parfaire l'ignominie, j'ai commandé une barquette de frites. J'ai commandé ce menu sans sourciller, sûr de mon fait. Étrange comme parfois. Me suis rendu compte de l'infamie à l'usage. Mais pas avant.

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Écouter de la musique, notamment baroque, c'est comme importer du rêve dans la réalité. La musique reste une incongruité dans le cours des choses. Un accident onirique. C'est sans doute pourquoi elle accompagne ce qui au travers de ma présence persiste à s'accidenter. 
Que serait plus fondé qu'un accident?

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au plus profond de moi
je répète ce que je sais :
un présent
qui serait la mémoire
de ce qui manque. 
Christian Viguié (et Olivier Orus), Outre mesure, Dernier Télégramme
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Balthus, Paysage de Champrovent


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mercredi 8 janvier 2020

62 aM - journal / notes / citations / photos






mercredi 8 janvier 2020
Aujourd'hui fut désespérément aujourd'hui. De retour dans la condition salariale. Brève intimité parfois avec ce bout de terre et d'herbe au bas de la fenêtre de la salle éducative, bien que la flaque longue et intense, cette épitaphe des averses, ait disparu depuis plusieurs semaines. Du temps dans l'automobile. Grillé un feu rouge. J'ai eu des paroles avec des personnes à certains moments, des choses qu'on dit à l'ordinaire entre êtres non inhumains, quoi que...

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Un vieux projet, Le Traité des flaques. Envisager les flaques pour ce qu'elles sont: tombées de haut. Quelle puissante désillusion se trame dans leur mince et précaire épaisseur?

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Le dimanche, il faisait un temps maussade. 
Kafka, Le Procès, traduction Jean-Pierre Lefebvre, La Pléiade

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Piranèse, Prisons
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mardi 7 janvier 2020

61 aM - journal / notes / citations / photos







mardi 7 janvier 2020
Ce jour fut en écriture - et promenades du chien aussi, deux précisément, la première à 8h30, la seconde à 14h. Replongé dans l'ostéonirismologie, étude du rêve SBP, description de sa conformation. Rencontré des problèmes que j'ai résolus lentement, comme on ponce un bout de bois. Il me fallait répondre à cette question: comment voir à travers un voile opaque sans recours à la magie, à la motricité, à la perturbation des choses telles qu'on les trouve, comment voir ce qui est caché avec la seule technique ostéonirismologique issue de la tradition. C'est un russe du XIXème siècle, Bouniavouchine, qui m'a donné la solution. Écrit quelques petites proses du Grand hasard légendaire aussi - reprise d'un travail antérieur, Textile sommaire, illisible car trop réduit jusqu'à l'os. Voilà un ensemble de poèmes que je martyrise depuis bientôt quatre ans. Il y eut une version fragmentaire (on peut lire des extraits en tapant #EDC @boutonnierj sur la recherche Twitter), une version en poésie visuelle (avec des essais (à voir en suivant ce lien) impliquant le travail graphique d'Erik Audoubert), une version en un seul bloc de prose (dont on peut lire deux extraits dans la revue Catastrophes), une version ultra condensée (Textile sommaire) et aujourd'hui, cela, en petites proses, Le Grand hasard légendaire. Cette forme se stabilisera-t-elle un jour? Beaucoup de plaisir, encore une fois, dans ce temps partagé avec ma fille; accompagnement au cours de piano. Prendre le bus, marcher dans la rue. Oedipe diraient certains, certes, mais cette joie ressentie au contact d'un enfant qui saute, qui court, qui rit, c'est bien plus je crois, c'est de la mécanique désirante sans objet, de l'enthousiasme: cet allant pour l'espace, pour l'acrobatie, pour le mime. J'ai écrit une lettre à Ludovic Degroote aussi. Son recueil Si décousu est une présence.

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Lecture de Logique du Pire de Clément Rosset. Voici donc le grand chapitre: TRAGIQUE ET HASARD. 
La hasard n'est pas le sort (idée de fortune à l'origine d'une série causale), ni la rencontre (point d'intersection entre deux ou plusieurs séries causales), ni la contingence (principal général d'incertitude lié à une part de non-nécessité dans un monde nécessaire). Le hasard signifie l'absence de tout référentiel (pas de causalité, pas d'intersection de suites causales, pas de nécessité; pas de référence à du non-hasard). Le hasard signifie rien. Il est mise en cause antérieure, instance avant toute construction. Il ne nie pas, il ne détruit pas d'ordre, il précède tout système, toute pensée. Avec le hasard, il y a rien et simplement le rien. D'où l'épouvante suscité par un tel hasard. Il n'y a pas de nature. Ce qui existe est simplement une manifestation provisoire du hasard, sans but, sans nécessité, sans histoire. Dans cette perspective, pas de différenciation entre matière inanimée, morte, vivante. Tout est emporté au même titre par le hasard. Clément Rosset introduit la notion de hasard originel, ou hasard constituant (à différencier du hasard événementiel qui apparaît sur le fond d'une nature). 

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EH BIEN DONC JE SUIS CONTENT 
Eh bien donc je suis content
J'aspire l'air dans mes veines
Et j'ai encore mes cinq sens. -
Dans ce monde insensé? -
J'habite au ras de la terre
qui n'appartient à personne et à moi.
Je vois encore l'arbre et le poisson
Et les mers qui nagent. - C'est leur mort
que tu vois - Des États
de béton horrible. Et même
Le plus libre, un serviteur
Plaie d'action est encore mortelle.
Je redoute la guerre. -
Et c'est ça qui te réjouit? -
Vivre au plus grand péril
Du présent, le dernier
Ou le premier homme 
Volker Braun, Poèmes choisis, Poésie / Gallimard
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Yegor Ivanovich Bouniavouchine, 1805-1876, ostéonirismologue,
étudia les relations à l'oeuvre entre les différents éléments composant les rêves de type Pāṇini,détermina que ces relations étaient ordonnées selon deux cent quarante-huit principes concomitants,
qu’elles étaient d’ordre érotique et nécessaire
et qu’elles avaient pour fonction de dynamiser l’activité du Sentiment poignant.

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lundi 6 janvier 2020

60 aM - journal / notes / citations / photos







lundi 6 janvier 2020
Aujourd'hui fut un jour à l'épaule gauche. Trucs administratifs (pénibles). Changer les draps aussi  -⤴⤵ retourner le matelas même. Regarder le ciel aussi, bleu plutôt sans vague à l'âme - prendre le temps de regarder par la fenêtre mon regard dans la ville. Promener le chien. Mais pas de salariat aujourd'hui, récupération du temps donné en plus (drôle de compte, comme au jugement dernier, peser le poids des heures). Écrire le Grand hasard légendaire, recueil de petites proses peut-être. Puis se remettre au livre ostéonirismologique - chouette surprise d'ailleurs d'une note de lecture de Ludovic Degroote sur mon Introduction..., via Poezibao
Quand je promène le chien, je passe souvent devant une zone incertaine, un petit renfoncement mal bitumé, lézardé d'herbes, jonché de tessons de briques, hasardeusement gravillonné par endroits, borné par un mur pisseux aux fenêtres condamnées. Combien j'aime ce lieu, je ne saurais le dire, il en va d'une empathie fondamentale dont le ressort le plus aisément identifiable demeure une affinité de nature entre nous, cette vacance incertaine, cette promesse scellée dans la carence d'usage. Cependant, une telle explication ne suffit pas, si j'aime à contempler cette place d'un pas grand chose, c'est aussi parce que cette sorte de localité tend à disparaître, massacrée par la cartepostalisation de la ville et la gestion affreusement gestionnaire de l'espace public comme lieu de circulation pseudo conviviale entre la maternité, le magasin, le commissariat de police, la salle de sport, l'EHPAD et l'incinérateur.

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Bien avancé la lecture de Logique du pire de Rosset. Quelques notes... :
L'approbation du chaos est entière et se passe de référence, sachant que l'approbation est le seul acte accessible à l'humain, entendu qu'un acte est ce qui transforme (seul acte à ne pas ajouter du hasard au hasard). L'approbation est conditionnée à la recherche du pire de son époque. Identifier le pire donne à l'acte d'approbation sa justesse en ce qu'elle permet au philosophe d'en rester, non pas aux formes de pensées noires, pessimistes, mais à l'absence de pensée, à la ruine des pensées, comme le dit Rosset. Le philosophe tragique cherche à s'en tenir à cette absence de pensée, autrement dit il se défend des pensées constituées inhérentes à une vision du monde entendu comme un donné. Il ne construit pas de système, il ne pense pas. Ne pas penser, c'est être silencieux. 
Le tragique garde le silence. Une vie est toujours vécue avant de pouvoir être pensée. Ce qui demeure à proximité est l'invisible par excellence. Freud, Le refoulement: ce qui décide de l'objet à refouler nous échappe. L'intime, le familier, est susceptible de se retourner en étrangeté, en méconnaissable. Ressort de l'épouvante. Le silence est intime, il est à l'oeuvre en nous et alentour. Le silence est pourvoyeur de l'étrange et de l'inconnu. 
Le tragique est aussi ce qui se répéte. Dans la répétition tragique, ce qui se répète est un événement premier, un n°1 inconnu, inconnaissable, ce serait même le principe de commencement même. Cependant, ce qui importe n'est pas tant ce qui se répète en tant qu'inconnu, insaisissable, que la répétition considérée dans son organisation. Deux natures de répétition, la répétition à l'identique (rengaine, mort) et la répétition différentielle (vivante, créative).  Nietzsche, (Eternel retour), retour du passé en tant qu'il est vivant. À travers la répétition, c'est une perpétuelle différenciation qui est visée. 

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Cadeau d'un homme 
Ce soir, à sept heures
mon cadavre brillera
d'une lumière plus pure: et depuis le poème
une main le touchera.
On appelle vie le rite de mourir
et Dieu se cache entre mes cuisses
et mes pères demandent pardon pour m'avoir livré
nu aux hommes dans la plaine obscure. 
Leopoldo Maria Panero, Peter Punk ou Contre l'Espagne & autres poèmes pas d'amour, traduction de l'espagnol par Cédric Demangeot, fissile éditions

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Cette année sera un four (ou ne sera pas (tout aussi bien (va savoir...))).


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