lundi 27 janvier 2020

78 aM - journal / notes / citation / image / chrono






Lundi 27 janvier 2020
Aujourd'hui fut aujourd'hui presque. Ce matin, du temps à écrire. Paragraphe sur l'ostéonirismologie métarelationnelle, courant marginal qui se perpétue encore de nos jours dans l'archipel des Açores sous une forme insulaire particulièrement baroque. Mangé tout seul dans la cuisine, des restes, presque un silence aussi jusque dans un ventre. Trois heures de réunion en pente douce et ensuite. Qu'est-ce que je fais là? Qu'est-ce que je fais là? Annoncé mon départ en congé sabbatique. Me reste dix jours de travail. 

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Lecture de Logique du pire, Clément Rosset.
Chapitre TRAGIQUE et HASARD.
Élément de définition du tragique: Tragique ne désigne rien d'autre que le hasard, si l'on considère le hasard comme constituant, englobant toutes les possibilités de hasard événementiel. Le hasard désigne le caractère impensable de ce qui existe. 

Troisième partie du chapitre.
Hasard, principe de fête: l'état d'exception.
Pas de nature mais des faits généraux. Une généralité est considérée comme une région. Ici, pas de référence, pas de capitale comme centre des régions d'où émergerait une cohérence. Seulement une suite de régions. Les régions se suivent, s'ajoutent les unes aux autres sans principe centralisateur. Il n'y a pas de tout. C'est le régionalisme tragique, différent du régionalisme rationaliste. 
Toute manifestation, régionale ou isolée, est un fait exceptionnel. Pas de critère pour différencier le naturel de l'artifice, le normal de l'exceptionnel. Tout ce qui existe est également exceptionnel. L'état de mort est aussi un état de fête parce qu'état d'exception. 

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Dans ce qui existe, rien qui vive, mais rien non plus qui soit morne. La pensée tragique, qui affirme hasard et non-être, est donc aussi pensée de fête. Ce qui se passe, ce qui existe, est doté de tous les caractères de la fête: irruptions inattendues, exceptionnelles, ne survenant qu'une fois et qu'on ne peut saisir qu'une fois; occasions qui n'existent qu'en un temps, qu'en un lieu, que pour une personne, et dont la saveur unique, non repérable et non répétable, dote chaque instant de la vie des caractères de la fête, du jeu et de la jubilation. 
Clément Rosset, Logique du pire, PUF, p 113

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- Ah, quelle douce vie tragique et festive régie par le hasard constituant!
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Chrono: j'ai oublié d'arrêter le chronomètre à la fin de l'exercice...

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jeudi 23 janvier 2020

75 aM - journal / notes / citation / image / chronomètre







Jeudi 23 janvier 2020
Aujourd'hui fut jour à toute allure. Dispensé une formation aux élèves éducateurs. Mangé seul à la cafétéria, entouré de gens ensemble. Me suis forcé à manger lentement. L'éclair au chocolat fut décevant. Douleurs au bras gauche, à la mâchoire. Peur d'un infarctus. Je regarde la Garonne comme si j'allais mourir. Il va falloir quitter cette vie merveilleuse que j'adore et qui m'angoisse. Je me dis ça, en promenant Charlie le chien. C'est ridicule. Rêverie diurne narcissique. Voilà comme on est. 

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Clément Rosset, chapitre TRAGIQUE et HASARD. 
Pessimisme de Schopenhauer: un monde régi par la Volonté n'offre aucune possibilité à l'humain de réellement exercer une volonté en propre. C'est une illusion de se considérer sujet de nos désirs. Rien n'est hasard dans le monde du pessimiste, rien ne se distingue, tout est aplani, absurde. 
En revanche, pour le philosophe tragique, tout est hasard. Chez Schopenhauer le monde est sans surprise. Chez le tragique, il n'est que surprise: infini miroitement hasardeux de ce qui existe: expérience de la perdition.
Distinction nécessaire des notions de perte et de perdition. La perte est un événement hasardeux dans un monde ordonné. La perdition est un état dans un monde régi par le hasard constituant: pas de référentiels, par de graduations, pas de différences d'ordres d'échelle. Il y a seulement des sensations qui se succèdent les unes les autres. La vie perd son caractère vivant, elle appartient à la mort. La mort est un état permanent, elle n'est pas évènementielle. La mort est l'état de ce que l'homme connaît, pense, vit.

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Comme le dit Montaigne: "Scrutateur sans connaissance, magistrat sans juridiction et, après tout, le badin de la farce." 
Clément Rosset, Logique du pire, PUF
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Pluie de nuit tragique
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Chronomètre: 28:04:01. Huit minutes de trop donc par rapport à mon objectif d'écrire ce journal en vingt minutes.

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mercredi 22 janvier 2020

74 aM - journal / notes / citation / image






mercredi 22 janvier 2020
Aujourd'hui fut un jour quand même oui. Mails, mails, téléphone. Conversations, gestes, repas, verres d'eau, rires aussi. Voilà en somme, télégraphiquement parlant. Que retenir de ce jour qui, dans quelques semaines, sera perdu dans la masse des jours passés? Une vision de la pluie sur le pont St Michel? Ma fille qui s'avance pieds nus sur le carrelage froid d'un couloir au sortir de son activité cirque? A. qui regarde les gîtes sur son ordinateur pour organiser nos prochaines vacances? Et pourtant, ce jour fut aussi important que hier ou demain, que tous les autres jours, en ceci qu'il fut précisément la scène qui m'a impliqué. Ce matin, peu avant sept heures, des hommes s'entraînent à faire des pompes sur les marches d'un escalier en bord de Garonne, ils crient, ils se motivent. Je reste perplexe tandis que mon chien lève la pâte, indifférent, dans la nuit froide.

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Retour à l'ouvrage de Clément Rosset, Logique du pire. J'ai presque fini de lire ce texte. J'ai pris du retard sur mes notes. Chapitre TRAGIQUE et HASARD.
Commentaire d'un conte de Maupassant, La nuit. L'épouvante, comme conscience d'un état de mort. La nature se révèle comme ce qu'elle est, un point de vue, et non un objet. Point de vue instable, partiel, partial. Il n'y a rien qui puisse être distingué dans l'état de mort, rien n'est plus ou moins hasardeux qu'autre chose. Tout se vaut. L'absence de nature est l'état naturel de ce qui existe. L'état de mort n'est pas opposé à l'état de vie, les deux états désignent uniment ce qui existe. Rien ne fait référence. Des organisations émergent un temps puis disparaissent, pour autant elles ne reflètent pas un principe de vie, elles manifestent une configuration de l'état de mort généralisé dû au hasard constituant. 

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C'est là précisément ce qu'affirme l'idée de hasard constituant: elle unie la possibilité de différences de niveau, réduisant toues les existences à un même niveau, les regroupant en un même ensemble-hasard à la surface duquel toutes les combinaisons sont possibles -- homme, arbre, pierre --, et à partir duquel seulement pourra exister l'infinité des différences. 
Clément Rosset, Logique du pire, PUF

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Le jour et la nuit.
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mardi 21 janvier 2020

73 aM - journal / notes / citation / photo






mardi 21 janvier 2020
Aujourd'hui fut un jour à la fenêtre. Passé six heures à écrire. Travaillé sur mes narrations ostéonirismologiques, beaucoup. Travaillé sur le Grand hasard légendaire, un peu. Le mail que j'évoquais hier a convaincu: le propriétaire prend les travaux à ses frais. Vu une manifestation de soignants passée sous ma fenêtre, cinquante personnes, cortège un peu misérable, mal au coeur tout de même. Est-ce donc à l'écriture qu'il convient de travailler aujourd'hui? Promené le chien à la nuit tombée, aux terrasses des cafés, des jeunes, sur les vélos über, d'autres jeunes. 

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Lu In waves, d'AJ Dungo. Joli récit en images, histoire de deuil, histoire de l'Histoire du surf. La narration est une tresse, passant d'anecdotes personnelles tragiques aux vies des figures tutélaires du surf moderne: Duke Kahanamoku et Tom Blake. Ce constant va-et-vient ménage des respirations, il établit des résonances entre les différents destins qui donnent une belle ampleur à l'ouvrage. Cette circulation fait écho à la forme même d'un deuil dont la difficulté est qu'elle reste mouvante, insaisissable et permanente. Cela me conforte dans mon idée de travailler à construire une tresse similaire, quoi que plus serrée, pour le dernier ouvrage de la trilogie consacrée au deuil d'une mère. 

Nouvelle contrainte: écrire ce journal chaque jour en vingt minutes, pas une minute de moins, pas une minute de plus.

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Cela vient pas vagues.
C'est une réponse un peu lapidaire, mais juste.
Le vide est constant.
Mais le chagrin du deuil n'a pas de forme propre.
Il va et il vient. 
AJ Dungo, In waves, Casterman.
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lundi 20 janvier 2020

72 aM - journal / notes / citations / photos







Lundi 20 janvier 2020
Aujourd'hui fut un jour tu sais bien. Ce matin, voilà que je me suis occupé à (et non occupé de (nuance d'importance puisque s'occuper à évoque l'idée de s'adonner, s'appliquer à quelque chose quand s'occuper de pointe plutôt l'action de consacrer son temps, ses soins, à faire quelque chose (autrement dit, me semble-t-il, la manière et le style en tant que saveur de l'expérience sont pris en compte quand on s'occupe à (si l'on s'occupe de, en revanche, on se situe dans la seule dimension opérationnelle de la tâche à accomplir (c'est pourquoi, soucieux de faire valoir un certain recul, disons, esthétique, mais aussi vital somme toute, dans la narration de ma démarche, j'ai choisi de m'occuper à))))) écrire un courriel à l'agence immobilière qui gère l'appartement que nous louons. De sinistres problèmes de serrure de la porte des water closet. 

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Je me demande s'il convient que je n'écrive que les choses telles qu'elles me viennent au moment où je me rends disponible à ce petit travail d'écriture. Je me demande s'il convient que j'écrive à partir de notes préalables. Voici des questions capitales. Est-ce que je cherche à découvrir ce qui vient au moment de l'écriture, ce que j'ai vécu étant dès lors secondaire, prétexte à? Est-ce que je cherche à faire valoir une expérience de vie? Est-ce que je situe ma démarche dans une hésitation entre ces deux propositions? 

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Très vite elle s'était dit: bon maintenant écoute-moi, je suis ici et je le sais, si je m'en vais ça n'ira plus j'ai tellement l'habitude d'être ici. Je ne saurais plus ce qui m'arrive, alors écoute-moi bien, se disait-elle, écoute-moi bien, je vais m'arrêter de parler et je ne parlerai plus. 
Gertrude Stein, Ida, Points

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samedi 18 janvier 2020

71 aM - journal / notes / citations / photos







samedi 18 janvier 2020
Ce jour fut aujourd'hui me dit-on. J'en doute cependant. Ce matin, de bonne heure, promenade du chien. Ne sachant trop qu'écouter (au casque branché sur le smartphone), je choisis de lancer en mode aléatoire cette très longue playlist que je fabrique depuis des mois. Et voilà que le sort me présente Yesterday, dans sa version originale. D'abord mon ventre se retourne puis de grosses gouttes de larmes enfantines ne tardent pas à dégringoler sur mes joues (c'est une surprise totale). Cette nostalgie que chante Paul Mc Cartney est celle de millions et la mienne aussi. Je me glisse à mon tour dans l'espace vacant de cette chanson qui nous arrive aujourd'hui avec ce qui ressemble à la puissance de la tradition. Car la tradition, c'est bien cela, un contenu qui passe de génération en génération et que chacun peut saisir singulièrement. Yesterday, c'est quoi pour moi? Sans doute cette inconsolable invention à laquelle la condition de spectre nous voue.  

mercredi 15 janvier 2020
Ce jour fut un jour sans, ou avec c'est selon. Autocollant collé sur une clio campus blanche devant dans les embouteillages, une formule relativement abstruse : "Pas besoin d'ailes quand on a des couilles." Après quelques recherches, je comprends qu'il s'agit du slogan d'une marque française de boisson énergisante, qui entend par là parodier et dépasser la marque hégémonique australienne Red Bull dont la promesse publicitaire serait de donner des ailes. Pendant que L participe à son activité cirque - au pub, coca tranche, j'essaie de travailler, en vain, le volume de la musique est trop fort, une affreuse reprise reggae du non moins affreux mais plus vivifiant The Final Countdown

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Au moment où je laisse (publier) "mon" livre (personne ne m'y oblige), je deviens, apparaissant-disparaissant, comme ce spectre inéducable qui n'aura jamais appris à vivre. 
Jacques Derrida, Apprendre à vivre enfin Entretien avec Jean Birnbaum, Galilée/Le Monde

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Quel est donc ce spectre de livre?
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mardi 14 janvier 2020

68 aM - journal / notes / citations / photos







mardi 14 janvier 2020
Aujourd'hui fut un jour quel navet. Dans la cité appaméenne ce matin. Ecouter dans la voiture la leçon inaugurale de Philippe Descola, professeur au Collège de France dans la chaire Anthropologie de la nature de 2000 à 2019. Cette érudition coulée dans une grande syntaxe me fait l'effet d'un rêve qui passe. Cette voix qui déblatère de l'intelligence au kilomètre a tout d'un vaste chantier onirique. J'aimerais d'ailleurs que mon livre ostéonirismologique en soit à la fois un pastiche, un hommage et un embrayeur de rêve au même titre - je conçois combien cette phrase ne trouve pas le référent auquel elle est censée se rapporter - peu importerait peut-être - ? Sur l'autoroute, régulateur automatique - je tiens le volant sans plus toucher les pédales, comme quand enfant je jouais à conduire les rares fois où j'avais accès au fauteuil du conducteur à la faveur d'une inadvertance plus ou moins complice d'un adulte. Cet après-midi, tentative de m'acheter un pantalon. Échec retentissant. Je me décompose devant les cintres, ne me souviens plus de ma taille ni de mes préférences. 

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Le Grand hasard légendaire pourrait être un recueil de proses minuscules comme autant de pièges délicats à la surface desquels reflète un semblant de sens qui, après examen, n'est au fond, plus ou moins, qu'une syntaxe vide et, peut-être, forte de cela.

Un exemple:
Il arrive parfois que je m’autorise à penser qu’un linge prend les couleurs d’une voix. Et ce pull bleu serait de la même étoffe que le ton badin de Ghislaine. Comme un télégraphe des effleurés, la trame textile porterait les paroles à même la peau vêtue. Mais des cuisses nues, elles, parleront toujours d’un lac il y a longtemps. 

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De la main du grand Hazard.

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lundi 13 janvier 2020

67 aM - journal / notes / citations / photos







lundi 13 janvier 2020
Aujourd'hui fut un jour de visage en visage. Bien des fois j'ai pensé à ce que j'allais écrire dans ce journal. Maintenant que me voici avec les mains dans l'écriture je ne me souviens de rien. Seulement du passage de mes pensées, ou plutôt de mon désir de les noter. Pourtant, combien me paraissaient-elles importantes quand elles se sont présentées à mon esprit! Je vis à présent parmi les ombres de ces intentions fugaces que je n'ai pas su fixées d'une note rapide sur un bout de papier ou le bloc-notes de mon smartphone. Mais, à bien y réfléchir, n'est-ce pas aussi précieux d'être en présence de ces ombres  portées des objets de pensée perdus que de profiter pleinement des objets eux-mêmes? Qu'est-ce que je palpe là? Des sentiers foulés jadis par de jeunes jambes alertes? Les contours d'une silhouette sur un mur? Ne serait-ce pas d'un négatif dont je dispose à cet instant? Dès lors se pose la question: quel usage d'un négatif tel? Si je considère la texture de ces motifs indiscernables, je constate qu'ils porte la tessiture de l'oubli mais aussi la trame de l'angoisse que cet oubli induit. Alors, à quoi puis-je prétendre sinon chérir ces textiles de l'oubli et de sa fille d'angoisse? M'en vêtir? Trouver et choisir là ma seconde peau, la plus authentique, la plus originellement éloignée de ma personne?

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Le russe contemporain distingue le corps inerte dont on fait l'autopsie (trup), du corps démembré (tulovisce), du corps qui peut abriter une âme (telo) ou de celui qu'on façonne pour autrui (figura). 
Tour du monde des concepts, Sous la direction de Pierre Legendre, Fayard

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dimanche 12 janvier 2020

66 aM - journal / notes / citations / photos






dimanche 12 janvier 2020
Ce jour fut comme on dit. Hier, les vieux copains pas vus depuis longtemps, au soir, avec des verres nombreux entre nous. Et la nuit se révéla fort glaciale quand il fallut s'en retourner au domicile (en écoutant Talk talk). De beaux moments calmes aujourd'hui. Les arbres nus, on dirait qu'ils pensent des formules - la grammaire des branches peut-être, ou bien quelque insondable syntaxe. Nudité et impuissance, dit le Docteur Puyuelo. Je suis d'accord. Nudité et impuissance, qu'on pourrait traduire par drapé et sentiment d'affiliation au monde. 

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Il me semble que la suspension provisoire du jugement propre à l'élaboration d'un jugement fondé provisoirement n'est pas assez promu comme nécessité première en démocratie. 

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Logique du pire, Clément Rosset. J'ai continué la lecture du grand chapitre TRAGIQUE et HASARD.
Quelques notes:
Ce qui existe est exclusivement constitué de circonstances. Notion d'occasion: les voies hasardeuses, les infinies possibilités combinatoires, par lesquelles se trame ce qui existe. Ce qui existe est provisoire. En l'homme, dans l'ordre des sensations et des idées, a lieu le même jeu des occasions qui a produit l'homme. Au lieu de nature, le philosophe tragique parle de convention. Ce qui existe est d'ordre conventionnel, non naturel. Ce qui existe est indéfinissable, ne pouvant être saisi conceptuellement. Donc tout ce qui est saisissable conceptuellement n'existe pas. Seul existe ce que je ne peux pas saisir, parce que nommer c'est définir, définir, c'est donner une nature, or ce qui existe n'a pas de nature. Donc ce qui existe est rien. 

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On devra donc refuser l'existence à tout ce qui se laisse maîtriser conceptuellement, à tout ce qui peut être défini. Ainsi le dit bien Platon dans le passage du Théétète cité plus haut: si l'on est un adepte de la thèse des "parfaits initiés" - si l'on est sophiste - il faudra refuser l'être à "tout ce qui a nom" en ce monde. Nommer, c'est définir; définir, c'est assigner une nature; or, aucune nature n'est. Ni l'homme, ni la plante, ni la pierre, ni le blanc, ni l'odeur, ne sont. Mais que reste-t-il d'autre pour meubler l'être, une fois exclus de l'existence tous les êtres désignés par des mots? Il existe bien "quelque chose", mais ce quelque chose n'est rien, sans aucune exception, de ce qui figure dans tous les dictionnaires présents, passés et à venir. "Ce qui existe" est donc, très précisément, rien
Clément Rosset, Logique du pire, PUF, p90

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vendredi 10 janvier 2020

64 aM - journal / notes / citations / photos






vendredi 10 janvier 2020
Aujourd'hui fut un bref vol de mésange. Par la fenêtre de la salle éducative, un bref moment, à la faveur d'une éclaircie, la lumière inonde l'espace du parking en face, de l'espace terreux au premier plan, et c'est vraiment extraordinaire comme en une seconde la journée semble sauvée. Parce que quelque chose de l'ordre d'une vision aurait eu lieu. Parce qu'une jubilation à participer de cette vision aurait été vécue. Quant à savoir ce que pourrait vouloir dire une journée sauve, je ne saurais avancer de réponse. Peut-être en va-t-il d'un regard éperdument jeté ?

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(Tai-chi master est un film de kung fu parfaitement débile, philosophique et enthousiasmant.)

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poème alors
cette plaie d'herbe noire
où l'insecte
crève entre les lignes
et ne laisse
personne
épeler
les cendres de son nom 
Marc Dugardin, Fragments du jour, Rougerie

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Ligne d'écriture avec fantôme de ponctuation là-bas.
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