mardi 8 juillet 2014

454 - peut(-)être un journal






Lecture de Fabrice Caravaca et d'Olivier Orus à la librairie "Oh les beaux jours." On - une dizaine de mecs biens et de femmes merveilleuses - a pu entendre des extraits de "La falaise" et de "Outre mesure." 

Je me suis assis dans un coin d'abord, à côté d'une table magnifique sur laquelle vibraient tant de livres. Je me suis assis tout près des "Techniciens du sacré" de Rosenberg, j'ai entendu l'ouvrage me dire des pierres, des vents sensibles, des équinoxes aux muscles tendus et puis des eaux aussi, lourdes et ravagées, je l'ai écouté masser ma question plus loin que je ne saurais dire, lui qui me ramène encore une fois à la figure d'Yves di Manno. Il y avait des ouvrages de Fabienne Yvert aussi, j'ai pu lire ses tampons qui arraisonnent un bon sens après l'autre, jusqu'au meurtre définitif d'un sérieux de merde qui nous colle à la langue. Je me suis assis donc dans un coin, je me suis fait petit, j'aurais aimé être un livre moi aussi, j'aurais aimé joncher l'étal et attendre que des yeux m'enivrent, et j'ai attendu, pas même capable de me signaler à Gilles, le libraire, à qui j'avais pourtant envoyé un mail pour lui dire que je viendrais... mais il est vrai que je suis plus enthousiaste dans la distance d'un écrit que dans la proximité d'une présence, avec son sang, son haleine et ses os : la vivante mesure de l'homme et de la femme m'effraie. Il ne faut pas s'y tromper, il faut y voir la marque du grand amour, quoi que désespéré, que je porte à ce mètre étalon du dérisoire et du solaire. 

Et puis Fabrice Caravaca n'en a plus fini de se lever. Et ses mots de La falaise ont avancé dans sa voix, avec un empressement vertical, fougueux mais limpide. Ce fut un premier contact avec ce texte, avec ce poète. J'ai entendu du corps, des volutes cérébrales de corps, comme une présence sensible et nébuleuse, désireuse de se porter au devant de son énigme tout autant que de préserver les attraits de son voile. Et Fabrice Caravaca, dans son corps même, celui-là qu'il nous présentait à l'occasion de cette lecture, témoignait d'une brisure: d'un abîme. Je veux dire, mais à vrai dire je n'en sais que peu de choses de ce que je veux dire, je veux dire que la fébrilité statique de Fabrice Caravaca contrevenait à l'assurance consommée de son texte, et ce hiatus, sans doute, ce fut cela, ce soir-là, la falaise en question, ce fut, en plein travail de lecture, cette insoumission du corps à l'autorité du texte pourtant issu lui-même d'un endroit certain de ce corps, endroit certes lacunaire et fuyant, mais aussi certain qu'au bout d'un jour viendra la mort pour chacun d'entre nous. 
Dès lors, il m'est apparu évident, comment aurait-il pu s'y prendre autrement?, qu'Olivier Orus lise en piétinant, en marchant sur place, en tournant sur lui-même dans un va-et-vient hypnotique, parce qu'à bien y réfléchir, que pouvait-il faire d'autre que d'arpenter le parvis de cette falaise qui s'était élevée à côté de lui: ce Fabrice Caravaca, qui nous offrait, avec générosité, le conflit ravageant de son corps et de son texte? Olivier Orus a lu les mots de Christian Viguié et ce fut très beau. Je me souviens notamment de l'unanimité d'un pré qui harponna mon thorax pour y jeter la contingence fragile du poème, je veux dire cet accident plus qu'improbable qui révulse la langue et nous l'offre séparée, objectivée, nue, telle qu'elle fut sans doute avant de se loger dans nos cris pour y forger de la voix. Olivier Orus a lu depuis la terre, je l'ai senti, je l'ai vu, il a lu depuis l'épaisseur questionnante et taurine de sa chair de quelqu'un d'autre. 
Et quand les deux ont pour finir lu des fragments tombés de La falaise, en un dialogue provisoire parsemé de boue, de peau, d'ossuaires et de perspectives cosmiques innervées de salive, j'ai compris quelque chose, à savoir que la mort avait le dernier mot certes, mais qu'il nous appartenait, peut-être, de choisir lequel serait-ce. 
Il n'y avait qu'à voir les gens, comme ils regardaient sous leurs paupières closes le frémissement du poème semant le dernier terme dans nos bouches anoblies.

J'ai écouté la lecture 
et puis je me suis senti ouvert, comme une fleur au soleil (si j'ose dire), 
je me suis senti nourri, tendu, fragile, accordé. 
Il ne restait qu'à jouer l'air, même si je n'ai jamais su 
ce que pouvait vouloir dire cette expression.

Sans doute ai-je été là-bas comme un conquérant? 
Que suis-je allé faire là-bas? 
Oh les beaux jours!
Rencontrer des gens du poème?
Rencontrer des gens du texte? 
Après la discussion, brève plutôt, qui anima le groupe, le libraire et le duo de lecteurs, je me suis forcé, j'ai quitté mon coin, j'ai quitté les techniciens du sacré, je me suis avancé vers Olivier Orus et j'ai parlé, je me suis tenu à côté de Fabrice Caravaca et j'ai parlé. J'ai dit des choses que j'avais ressenties pendant la lecture. J'ai dit des choses que je m'étais dites. La vérité c'est que j'ai dit que je me reconnaissais. J'ai dit que le texte me hantait moi aussi. Et nous n'avions pas grand chose à nous dire sur ce terrain. Parce que le texte manque dès lors qu'on en parle: on se sent un peu penaud, un peu orphelin: on se console au mieux: on se cherche: on scrute les visages pour y trouver du texte qu'on connaît, on prend ça pour du narcissisme mais on se trompe: on cherche le signe du texte, on ne trouve que de l'humain: on s'étonne: on ne le montre pas: on fait de l'humour, on manigance, on louvoie: mais le désarroi est là: le texte manque, le texte qui nous cause, lui qui nous a réunis ce soir, hé bien il rend les choses un peu factices, un peu folles, un peu mortes: on s'y habitue: on s'installe dans ce désarroi, on picole dans ce rien du tout: on se reconnaît: on se reconnaît: on se reconnaît: fils et filles du Grand Absent: c'est désespérant: il faut bien pourtant: qu'on se reconnaisse.

Olivier Orus a évoqué qu'il travaille sur des corps enfouis. J'ai dit oui des corps enfouis. J'ai dit oui ça me parle. J'ai dit je suis un corps enfoui moi. J'ai dit je vis sous terre. J'ai dit je fais l'amour aux mètres de boue. J'ai dit des corps enfouis j'en suis. J'ai dit d'ailleurs vous ne me voyez pas là. J'ai dit vous voyez des pelletées de terre entre l'air et mon poumon. J'ai dit qu'enfouis on respire mieux. J'ai dit qu'enfouis on peut sans entraves se jeter dans la phrase. J'ai dit que c'était un mensonge. J'ai dit que c'était vrai. Je crois qu'il m'a compris.  

*

Je reste intrigué par cette présence d'une falaise dans la cinquième livraison de la paume. Je savais que j'allais bientôt (quelques jours plus tard tout au plus) en écouter une quand elle est apparue dans le geste d'écrire. Quelle association d'idée? Quelle nécessité? Quelle injonction issue d'un avenir proche?
C'est comme si j'avais écrit après avoir entendu cette lecture, avant même de l'avoir entendue. Il y a des présages qui sont le fait d'expériences portées par un seul vocable entendu, lu : sans doute touchons-nous là quelque chose d'un périple de la sagesse.

un fallait / une falaise

*

Après la publication de Ma mère est lamentable, je trouve ce blog: (comme) mort. Comme vidé de sa substance. C'est une ardeur dont j'ai besoin pour injecter du sang là-dedans! Une ardeur différente! Le cri m'aurait quitté - il serait tout entier dans l'ouvrage publié (?) - au profit de... de quoi?... je ne sais pas... Mais je crois que commence enfin le travail d'écriture, celui-là par lequel peut advenir, pourvu qu'on y travaille avec sérieux et constance, une voix personnelle au service de cette expression anonyme qui pousse en chacun de nous et cherche à rendre l'air libre. 
Une voix qui soit la disparition de soi. C'est d'ailleurs le sujet de l'index.
Au coeur de l'homme, le dedans rejoint le dehors, c'est un je-ne-sais-quoi sans visage qui préside et son bon plaisir contient mon désir entier, et même, on peut le dire, son bon plaisir contient la possibilité d'une liberté - cet air rendu libre par la seule cause d'un je-ne-sais-quoi. 

*


Doux week-end, passé en compagnie de ma compagne et de notre fille ; les spectres restent attentifs à ce que nous faisons mais ne s'en mêlent pas. Et l'été nouveau tête le sein de la lumière, se love dans les feuilles grasses du figuier mon ami. Dans ces moments-là, que seuls paraphent nos oiseaux du quartier, la plaie respire avec ampleur, elle pulse doucement sur la corde des mots, propose le jour et son ombre à nos désirs de corps, de visage et d'yeux. Elle s'accorde à la mort pour tendre nos souffles et leur faire rendre le son d'une voix qui dit ce qui n'est pas du semblant: le fond d'une saveur dont on ne fait pas le tour, dont on ne revient pas, vers laquelle on chemine - et s'édifie passage.


*

ces adolescentes voile intégral sur les marches dans le centre commercial une mélancolie sans visage coule des néons lents ne pas oublier les compotes

*

jus + jus = 2 fruits

*

Les étoiles retrouvées dans la simple folie de chaque nuit. La découverte du ciel et la joie du chemin sans fin. Les mille et mille dessins au-dessus de l'homme. L'homme n'interrompt pas la marche. Il en modifie parfois le rythme et jette un oeil haut devant lui. Et ce regard peut englober les mondes. Les feux du ciel. L'incendie blanc immaculé des révélations. Les planètes. L'homme construit son orbite, en suit le tracé aléatoire et parfait tout à la fois. L'homme gravite autour de son intérieur, du centre exact et indéfinissable du corps du corps. Les étoiles sont belles. L'homme suit le chemin des étoiles. Il saisit ainsi à chaque instant la possibilité de la prière et de la révélation à soi-même de tous les paysages. Et la nuit dure longtemps comme un jour qui n'en finirait pas de renaître et de se perdre.

Fabrice Caravaca, La falaise, Aencrages & co, avril 2014

*







Le site Les balises, deuxième branche issue de RêvedeNewYork (après Ma mère est lamentable donc) prend forme grâce au travail et aux intuitions magiques de Philippe ; j'espère qu'il pourra être mis en ligne en septembre prochain. On y trouvera donc, liées en réseau (j'y travaille actuellement: labeur fastidieux), les 32 balises que j'ai écrites sur ce blog - il m'en manque une encore d'ailleurs. 
Ma démarche, qui est à la fois d'obéissance et d'hommage au trauma, mais aussi d'exploration de son lieu, trouve une présentation provisoire dans les textes de la série MERE (si vous allez y voir, le premier des six textes est au bas de la page - important ici de respecter la chronologie). Il s'agit de cartographier, en quelque sorte, un territoire du vide (expression maladroite et tout à fait critiquable pour parler d'une zone d'influence du trauma).
L'idée qui préside à ce projet de site est de mettre en oeuvre un réseau. Mes balises constituent un noyau de départ (32 relais) auquel s'agrégeront d'autres réseaux ou simplement des (ou même un) relais. Poètes, écrivains, mais aussi musiciens, plasticiens, photographes, peintres, cinéastes, chercheurs en sciences humaines, etc... seront ainsi invités à poser des jalons, des balises, sur le territoire du vide, autour de la notion de trauma qui le définie.

Ce qui émerge dans cette démarche, c'est un livre poreux qui tendra à exister en deux versions : une version web (le site) constituera une version réticulée, ouverte et toujours provisoire ; une version papier sera la version close de mes poèmes, version à laquelle je tiens beaucoup et dont j'espère qu'elle aboutira. Pourquoi une version papier? Il s'agit que la publication papier opère symboliquement pour moi comme clôture d'un travail, séparation. Cela devrait d'autant m'aider pour animer le site des Balises. 

Ce qui advient, c'est un corps assemblant divers ouvrages (tous issus du rêve séminal RêvedeNewYork) dont Ma mère est lamentable est le premier, corps mêlant édition numérique (ebook), website et livre papier. L'important est que chaque support réponde à une nécessité (symbolique, songeuse, fantasmatique), à un désir esthétique. Je pense au livre poreux qu'évoque Isabelle Pariente-Butterlin sur son site (ici et ). 
(Aujourd'hui, il me semble plus que déterminant de pouvoir justifier, même si c'est en termes poétiques, irrationnels ou divagants, le choix d'un support numérique ou papier. Aujourd'hui, cette question est présente dans le processus même d'une création (au même titre peut-être qu'un peintre choisit ses matières en fonction de son projet)).

Ce corps, (je n'ai pas encore trouvé de nom pour l'intituler), comporte à ce jour (en tant que projet...) :
  • Le livre numérique et papier Ma mère est lamentable (poésie chez Publie.net / Publie.papier) 
  • Le site des Balises (poésie et autres en fonction des contributions)
  • Le livre papier des Balises (poésie)
  • Le livre (numérique et papier?) de MERE (essai)
  • Le livre (numérique et papier?) sur la soupe MISO (?)
*

Il faut que je cherche sérieusement un tatoueur pour inscrire les Balises sur mon avant bras.

*


comme les coussins se taisent sur le canapé du salon ce soir



ces plis - qui pensent - dans le sud - du temps - à l'équateur des mots - ces petites failles - sages - revenues de tout - elles déclinent - ce reste - à l'encontre de tout pouvoir - de toute fixation - du sens - moisson - de signes - abondance


*

ce qui est (le plus) moi c'est l'énoncé anonyme qui ne cesse de ne pas se dire dans les entrelacs (parfaitement) fictifs que je suis

*

Il nous faut apprendre
à déchirer le centre
une rose peut déchirer
le centre du ciel
une grenouille le centre d'un étang
une herbe morte
l'unanimité d'un pré

Pour cela
tu fais confiance
à une épine
à un bec de rapace
qui redessine des cercles
à l'infini.


Olivier Orus (dessins) - Christian Viguié, Outre mesure, Dernier Télégramme, mai 2013

*

Après une lecture du texte d'Isabelle Pariente-Butterlin dans la revue d'ici là n°10
je réponds:

la phrase ne s'arrête pas dans le silence du corps-à-corps amoureux elle lutte pour sa survie elle se cambre elle hurle pour ne pas se dissoudre la phrase s'embrase dans le corps parce qu'à l'issue de l'étreinte elle n'est pas assurée de revenir / ma phrase n'est pas arrimée à la pensée / ma phrase ne connaît pas la séparation ni le retrait / soit elle déroule son flux soit elle gît dans un néant  

*

Ta nuque est un monde inconnu.

*

La traversée m'appartiendrait.
__________________________

L'à travers c'est : ma part tiendrait.

*

au parc - ma fille - avec - ce soleil - si bon ce soleil - et le chant - de toute - chose - dans les trilles - des oiseaux - dans le - visage - de ma fille - le jour - entier le jour - regarde - l'air - intense - qui frétille - comme une jeune - truite - ou les froufrous d'un ruisseau - dans le - visage - de ma fille - c'est la - voix - d'une joie - percée - une joie écor - chée dans la - fini - tude - ce dard pré - cieux - qui taraudant le coeur - épais - sit - ce qui insiste en nous - de vi - vre 

*

Depuis que j'ai compris que mes organes étaient des textes, une brèche s'est ouverte dans la cloison qui me sépare des morts. 



Un oeil me regarde depuis mon ventre.


Cet amour fou. 
Ce commerce avec la hantise.

*


Je garde un grand carton d'emballage pour faire une cabane à ma fille. Je l'installe dans sa chambre. Ce qui nécessite un petit réaménagement à l'occasion duquel son tableau blanc se trouve beaucoup plus accessible. Elle commence aussitôt d'y inscrire des lettres de l'alphabet - et snobe avec superbe ma cabane.

Je m'assois, quelque peu dépité, regarde ma fille dessiner avec sérieux des lettres maladroites, j'écoute la leçon:

"La vraie cabane, c'est l'alphabet", affirme-t-elle à travers son comportement studieux.
Je ne peux qu'acquiescer.

*

On est mieux entendu par celui qui regarde à qui on parle que par ce dernier. C'est pourquoi il m'arrive, dans mon boulot d'éducateur, d'engueuler une chaise devant l'enfant qui a fait une connerie.

*

"Or, dans la dialectique négative, la culpabilité, dont parle Adorno, et avec je crois une très grande intensité, c'est la culpabilité qui rend irréconciliable la vie des survivants avec la vie. Et donc, cette culpabilité-là, dit Adorno, c'est ce qui nous, alors la traduction nous dit oblige, mais enfin, "zwing", c'est contraint à philosopher, voilà. Il faut penser cette culpabilité qui, si elle n'était pensée, en réalité perpétue la victoire de l'horreur."
Du jour au lendemain, Veinstein
Michèle Cohen- Halimi

Ces mots de Michèle Cohen-Halimi me soulagent. J'y trouve comme une justification de mon travail, ou plutôt que justification, comme un antécédent, une jurisprudence. Je ne suis pas seul. Je sais combien transposer le vécu d'un homme et d'un continent est un procédé peu recevable. Mais enfin, je suis identifié à l'Europe et son histoire catastrophique. Parce que je ressens mon histoire traversée elle aussi par une catastrophe.

De là à ce que l'Europe s'allonge sur un divan, 
de là à ce que l'Europe épouse la cause d'un poème.

*


Trois paquets de kleenex neufs 
sous le banc d'une aubette 
jetés-là bouts
d'envol immaculé 
dont aucune peine n'aurait 
voulu
attendent 
un passage du cygne Tipp-ex
en contrebas
sur les eaux laiteuses et chocolat 
du canal de Brienne

assomption d'une amnésie
urbaine -
qui stagne après les
bagnoles

peintes

*

cette sensation 
quand je traverse la rue 
devant la prison St Michel 
que se révèle la clarté d'une lutte 
politique 
inhérente au poème 
non pas en vue de changer l'ordre 
des choses 
mais en vue de nourrir
le désir 
de détourner la personne humaine 
du meurtre

*

Il s'est assis sur une marche. La tête sur une main. Il est puni. Il a encore fait le couillon. Sa tête de coquin. Ses yeux tristes qui brûlent sans savoir pourquoi. Petit môme. Je t'aime bien. 

*

Je mesure les lumières, les coups, les traversées des jours et des jours. Je vois les limites. Je sens le poids. Et je me dis : bah, ça fera bien une vie. Tout de même.

*


pas dit qu'un blanc se souvient, un temps

***











peut(-)être un journal - Juillet 2014

Aucun commentaire: