dimanche 5 mai 2013

342 - Voyage à Mazamet - 7







Notes en vue d'un cri








sa bouche s'est effondrée comme un sérac foudroyant 

j'ai vu le désespoir confus l'angoisse le portement des veines effondrées vers les forêts brumeuses 
les bois des massacres et sacrifices
les clairières aux princesses endormies sous l'or d'un rai de lumière heureux 
j'ai pris son sein pour en arracher le lait qui sauve j'ai mordu j'ai mordu le sein mais rien n'a bougé le sein était mort il était froid le sein de Marie Bellini il était lourd et froid et mort 
M__ il ne me reste que ton nom
____ il ne me reste que ton ventre dans l'or des aurores
____ il ne me reste que le vent dans les yeux du soir

M_m_n Oh!






Dans les Camps Marie Bellini n'a rien dit sa maladie sa mort à venir ses yeux l'ont dit ses yeux terriblement l'ont dit. Je n'ai pas vu les phrases entières de désespoir essentialisé qui irradiaient des soleils tristes de ses yeux. Je n'ai pas senti la mise en suspens de mon pouls dans les paroles des yeux non-dits et l'entrée dans le texte blanc de la maladie dans le blanc des yeux ouverts si ouverts sur l'horreur du cancer de dire au-revoir de devoir partir et son récit qui s'acheminait vers l'impensable de la mort ses mots huileux qui faisaient luire ses cernes ses mots pourris qui empestaient son haleine je n'ai pas vu ton calvaire je l'ai vécu dans toi comme un organe comme un pancréas un rein un intestin j'ai vécu ta mort sans savoir la mort sans savoir les métastases de l'intérieur de ton ventre j'ai baigné dans la maladie les chimios les vomissements j'ai perdu les cheveux ma peau a gonflé a senti mauvais j'ai vécu dans l'ordre de ta souffrance dans les pores empuantis de ta mort tu m'as emporté avec toi moi caroncule petit organe obéissant fixé rougeoyant la mort je l'ai pas sue je l'ai vue sentie touchée elle m'a massé la mort elle m'a bichonné dans tes propres entrailles j'ai vécu dans tes yeux la fin d'un monde le retentissant désordre du mourir



____ t'es partie un jour tu devais revenir et puis t'es morte



M_m_n dans ton nom troué je passe le seuil et repasse

je passe le gué dans le vide entre-lettres

c'est long user le lien

M_m_n
parce que colère est source
mais vivre c'est rivière jusqu'à l'estuaire
on verra bien si les joncs là-bas
l'expression du silence et de la joie










M.E.R.E, Voyage à Mazamet, Notes en vie d'un cri, 7, samedi 03/05/2013

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