vendredi 21 décembre 2012

292 - Asthme






Je me demande si l'asthme n'est pas une forme d'oubli. Le souffle y perdrait la mémoire. Il s'agirait de comprendre que, cherchant l'amnésie, le souffle sombre dans les difficultés de l'asthme. L'asthme serait une modalité rugueuse du souffle fuyant sa propre mémoire.
S'impose la question de savoir quel pourrait être l'objet de la mémoire du souffle. De quoi se souviendrait-il qu'il voudrait oublier?  
Je crois pour ma part que nos poumons sont parfois le terrain d'une lutte acharnée du souffle pour se déposséder d'un savoir qui l'encombre et que, fondamentalement, nous ignorons. La cause de cette non-connaissance pourrait tenir à la trop grande proximité qui nous lie au souffle, à savoir que sans lui nous mourons. L'écart nécessaire au savoir, dans ces conditions, est au dessus de nos forces.
Pourquoi cette guerre livrée pour l'oubli de ce que nous ne saurons jamais déchirerait-elle le torse de certains et non d'autres? Ici, rien ne permet d'affirmer que le génie entre en jeu.    










Je me demande si l'asthme n'est pas une forme de transmission d'un savoir. Le sujet qui souffre d'asthme serait dépositaire d'une connaissance. Une sorte de savoir pneumatique déposé par le souffle dans les alvéoles étrécies de poumons encombrés. Ce serait un texte fait d'air, écrit dans les crépitements d'une fièvre angoissée, un texte caché dans l'antre du thorax, pour un usage que nous n'aurions pas encore relevé dans le champ de nos possibles, ou bien que nous aurions oublié. Il serait possible aussi que ce texte soit simplement l'énoncé de la la zone de non-connaissance, et l'asthme un de ses gestes.
D'où l'étrange beauté, si poignante, des asthmatiques.









La lunette d'approche

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